Le monde est à portée de main : Un clic de souris, des doigts qui s’agitent frénétiquement sur le clavier et nous voilà partis aux quatre coins de la planète…
« J’me suis trouvé un plan pour l’Afrique du Sud… J’ai une piste pour le Cambodge.… Je suis pris pour la Nouvelle Zélande... Ils m’ont refusé pour le Canada, je retenterais… Je pars à Séville... A moi Bristol et ses anglaises, je vais leur montrer qui est le roi du french kiss... Erasmus en Allemagne pendant 1 an, dès septembre… Je tente un truc pour l’Irlande… 1 mois en Inde à Calcutta pour donner un coup de main dans les léproseries de Mère Thérésa… Je reviens de Casablanca dans 15 jours, je vous raconterais tout… Tu verras au Mali c’est comme ça, tu pourras donner ça à Sogoba... T’aurais pas des contacts pour le Bénin... Regarde les photos de Mayotte, c’était magique... New York c‘est GRAN-DI-OSE ! C’est à voir au moins une fois dans sa vie... Nous, on a fait la Chine, les Etats-Unis, la Lybie, la Colombie… On s’envole pour la Roumanie Dimanche ! voilà l’adresse du blog…»
Depuis quelques temps, les projets à l’étranger fusent dans tous les sens, à en donner le tourni. Arrivés tout juste au quart de notre vie, nous avons déjà vadrouillé en Europe, en Afrique, un petit aperçu de l’Amérique, un coup d’œil en Asie… C’est si enthousiasmant, si enrichissant, si enivrant de pouvoir se projeter à des milliers de kilomètres de son train-train quotidien. On revient avec une multitude de contacts, des gens « super sympas » rencontrés ça et là au gré des soirées, des visites et des vadrouilles dans le pays. Des invitations, des promesses lancées à la volée pour remercier nos hôtes si chaleureux. Que peut on leur offrir de plus quand on est loin de chez soi, sans nos repères et sans trop de sous ? Un grand merci, une vraie reconnaissance de leur hospitalité, et un « si vous venez en France, ma porte vous est grande ouverte ! » très sincère.
Les rencontres se succèdent à toute vitesse, on se souvient d’un visage, d’un regard, d’une phrase, d’une odeur, d’un plat… « Tu ne peux pas repartir sans avoir vu ça…et ça…rooooh ! t’as pas visité ça ? je t’y emmène le we prochain ! »
Ça fuse, ça virevolte en tout sens dans nos esprits confrontés à une autre culture. C’est à ce moment que l’esprit zappe : on zappe de pays, on zappe les personnes, on zappe les problèmes, on zappe, on zappe et on re-zappe. On tire des conclusions hâtives sur un pays, ses habitants, son mode de vie, sa culture, son histoire. Notre esprit surfe sur l’apparence des gens, sur la vitrine du pays, sur ce qu’on a bien voulu nous montrer ou nous dire, sur ce qu’on a bien voulu entendre, sur ce qu’on a pas cherché à comprendre.
C’est tellement plus facile, plus agréable, plus rapide de voyager ainsi. On profite, c’est sympa, on se marre, on part avec nos petits souvenirs pour la famille et les amis et notre point de vue sur le pays.
Faut-il aller chercher plus loin ? pas forcément… mais peut être que c’est intéressant d’aller plus au fond des choses. Et d’éviter de revenir en disant « Les colombiens sont comme ça... Madagascar, ça tient en trois mots… L’Europe de l’Est, c’est ça….. ». On résume, on compacte, on réduit le pays à une impression générale née de la rencontre avec quelques individus, sur une courte période.
Cette tendance naturelle à raconter une expérience en quelques mots, devrait peut être se faire avec humilité, en n’oubliant pas de rappeler que ce n’est qu’un bref aperçu, et un ressenti très subjectif. Cela demande surement un petit effort, mais c’est sans doute là que réside la quintessence de la réflexion du voyageur.
Pour finir mon petit blabla, je pense que c’est important de se dire que ce que l’on recherche dans les voyages, on peut le vivre tout près de chez soi : rencontrer des gens, découvrir une culture, échanger sur les problèmes d’un pays,… mais voyager chez soi, ça le fait pas trop, c’est pas drôle, on croit qu’on connaît déjà, parce que ça fait 20 ans qu’on y habite, et à l’heure où tout le monde bouge, on se dit pourquoi pas moi, en plus « J’ai toujours rêvé d’aller en Alaska !»
Et je constate que je connais sans doute moins bien la Sarthe que le Mali, j’en sais moins sur mon voisin en France que sur ma voisine au Canada, je connais plus le Danube que la vieille allemande qui m’a hébergé au bord de ce fleuve, je connais moins bien ma grand-mère que la tante de la mère d’un copain qui m’a raconté sa vie…
Et pourtant, la Sarthe, c’est ma terre, mes attaches, mon histoire... mon voisin a sans doute pleins de choses à me raconter sur la maison que j’occupe, sur son boulot, sur ses projets…la vieille allemande rêve sans doute de voir jusqu’où se faufile l’eau qui passe au pied de chez elle… ma grand-mère m’en dirait sûrement beaucoup sur mes aïeux, leur vie il y a 1 siècle, leurs relations, la longue ligne qui fait que je suis ici aujourd’hui…
A l’heure où on enfile les destinations comme les perles sur un collier, avides de découverte, de rencontres et « d’expériences enrichissantes », peut être faut il apprendre à redécouvrir la simplicité d’une discussion avec son voisin, d’une ballade avec son frangin, la richesse de son propre pays et de ses habitants que l’on va parfois chercher ailleurs, à des milliers de kilomètres, en envoyant en l’air des dizaines de planète parce que le plaisir de traverser le monde de part en part ne compte pas les tonnes de kérosène...